L’Afrique du Sud annonce à nouveau l’autorisation du commerce légale de cornes de rhinocéros pour mieux lutter contre le braconnage illégal

En Afrique du Sud, la vente aux de cornes de rhinocéros est à nouveau légale ! C’est la Haute Cour qui vient de prendre la décision finale, le Tribunal constitutionnel ayant rejeté la demande en appel du gouvernement de Pretoria. Si les éleveurs de rhinocéros sont à la fête, certaines associations de défense des droits des animaux craignent que cela entraîne une hausse du braconnage.




À elle seule, l’Afrique du Sud abrite 90% des 20 000 rhinocéros qui vivent dans la planète. L’espèce risque de disparaître à l’état sauvage d’ici une dizaine d’années… Et c’est tellement triste

Un élevage de rhinocéros dans une ferme / Shutterstock

Désormais, il est à nouveau légal de marchander des cornes de rhinocéros en Afrique du Sud. Cela fait longtemps que les propriétaires de fermes de rhinocéros attendent cette nouvelle. Ces éleveurs, qui possèdent des troupeaux de pachydermes dans des enclos, coupent une partie de la corne dépourvue de vaisseaux sanguins ou de nerf, en laissant une base d’une dizaine de centimètres de haut.

La manœuvre, effectuée sur des centaines d’animaux endormis aux fléchettes soporifiques, serait aussi indolore que de couper un ongle, et sans effet sur le comportement des animaux. En à peine deux ans, la corne aura intégralement repoussé, ce qui permettra de la « récolter » à nouveau. Jusqu’à présent, les propriétaires de rhinocéros ne pouvaient que stocker patiemment les cornes, en pariant sur une autorisation future du commerce de cette marchandise. Pour eux, c’est donc la fin d’une longue attente !

L’autorisation de la vente de cornes risque-t-elle d’accentuer le braconnage ? Depuis environs dix ans, cette pratique illégale connaît un essor des plus inquiétants : l’année dernière, 1 054 rhinocéros ont été braconnés en Afrique du Sud… contre seulement 13 en 2007. Face à cette montée rapide, le Département des affaires environnementales (DEA) du gouvernement avait imposé un moratoire sur le commerce de la corne de rhinocéros en 2009, interdisant toute forme de commerce, pour tenter d’enrayer le phénomène et d’endiguer le trafic illégal.

Prohibition ou légalisation ?

Mais selon les propriétaires de fermes de rhinocéros, leur activité permet justement de lutter contre le braconnage et peut s’ancrer dans une logique de conservation de l’espèce, puisqu’ils n’ont pas besoin de tuer les animaux. D’une autre part et selon leur point de vue, une vente autorisée et contrôlée de cornes d’élevage permettrait ainsi de protéger les rhinocéros à l’état sauvage. Ils se plaignent d’être les premiers à être pénalisés par le moratoire de 2009 : le commerce de cette précieuse denrée étant prohibée par la loi, les seules personnes qui peuvent en faire profit sont justement ceux qui enfreignent la loi — c’est-à-dire les braconniers et les contrebandiers.

Les éleveurs privés ne sont d’ailleurs eux-mêmes pas à l’abri des attaques de braconniers : bon nombre de tueurs de rhinos choisissent justement de s’attaquer à leurs fermes, des cibles encore plus faciles que les réserves naturelles et les parcs nationaux ! Pour se défendre et assurer la sécurité de leurs bêtes, les propriétaires n’ont d’autre choix que de débourser des sommes conséquentes pour protéger leurs enclos, plusieurs centaines de milliers d’euros. Une somme difficile à allonger quand on ne peut pas toucher les bénéfices de son exploitation…

«Je ne peux pas protéger mes rhinos contre les contrebandiers parce que je ne suis pas autorisé à vendre la corne de mes rhinos, qui est un produit naturel et renouvelable. C’est une pure folie », s’indignait John Hume, éleveur de pachydermes, à la BBC dans un article publié en 2015 . « Donc, les gens qui m’empêchent de vendre mon stock de 4 tonnes et demie de cornes tuent mes rhinos »

Gros plan sur l’œil d’un Rhinocéros / Shutterstock

Alors, l’autorisation du commerce de cornes serait-elle finalement une bonne chose pour protéger les rhinocéros ? Morgan Griffiths, membre de l’organisation environnementale WESSA (Wildlife and Environment Society of South Africa), n’est pas de cet avis.  « Si ces réglementations sont promulguées, nous assisterons à une hausse significative du braconnage car les braconniers tirent parti de toutes les lacunes importantes pour répondre aux besoins d’une augmentation de la demande de cornes dans l’Extrême-Orient, » prophétisait-il un peu plus tôt cette année dans les colonnes du magazine National Geographic.

Les opposants à la légalisation du commerce de cornes soulignent aussi qu’il n’y a pratiquement pas de marché domestique pour la corne de rhinocéros en Afrique du Sud. Ils craignent donc que les cornes vendues à l’intérieur du pays ne soient acheminées clandestinement hors du pays, ce qui ne ferait que permettre aux trafiquants de poursuivre leur juteux business sous une autre forme, encore plus pernicieuse.

Les demandes de cornes de rhinocéros viennent principalement du Vietnam et de la Chine, où elles sont façonnées en sculptures précieuses ou utilisées pour leurs prétendues vertus aphrodisiaques en médecine traditionnelle. Là-bas, le kilogramme de poudre de corne de rhinocéros se vend autour de 50 000 USD. En Afrique, le commerce illégal de corne de rhinocéros vers l’Asie est désormais considéré comme beaucoup plus rentable que celui de l’or, des diamants ou même de la drogue, ce qui inquiète profondément les biologistes.

Les images qui suivent sont terrifiantes :

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